Je crois en l'Homme

Publié le par KalaSoa

Les crises existentielles qui marquent nos parcours de vie nous amènent le plus souvent à nous poser la question de notre utilité et raison d’être sur la Terre. Beaucoup d’entre nous choisissent la foi et  la religion pour évacuer le problème et l’angoisse de la mort, et donner ainsi un sens à la vie. Ce qui n’est pas mal en soi. Mais ce n’est pas toujours le cas pour tout le monde. Depuis longtemps, je me suis posée la question suivante : avons-nous besoin d’un dieu pour être bon et pour faire quelque chose de bien dans notre vie ? Avons-nous besoin de la promesse d’une résurrection et d’une vie éternelle pour aimer et respecter l’autre ? Et d’ailleurs, à bien y penser, que ferais-je d’une vie éternelle ? Un éternel recommencement. Un ennui à mourir qu’aucune perspective de mort ne pourrait terminer ! Le bonheur ne peut être apprécié que parce qu’il est opposé à un certain degré de souffrance, de malheur et de sa fin inéluctable. Le paradis ne saurait être éternel. J’admire le personnage de Jésus parce qu’il a un sens élevé de l’empathie, et non pour son éventuelle ascendance divine. Il devait être, comme beaucoup d’autres avant et après lui, une de ces personnes qui avaient atteint un niveau de conscience élevé, mais comme beaucoup, il était admiré mais néanmoins mal compris.

 

Le dernier livre de Jeremy Rifkin a été une révélation pour moi en ce sens qu’il a apporté des éléments de réponse à mon angoissante question sur la nature humaine et le sens même de la vie. Quand il écrit que nous sommes une espèce fondamentalement empathique, j’ai eu la confirmation de ma conviction intime : l’homme est naturellement bon, et nous sommes équipés, comme le confirment les spécialistes des sciences cognitives, pour ressentir de l’empathie, et ainsi perpétuer la vie ou l’aina pour utiliser le terme malgache. C’est peut-être cela la vie éternelle ? La survivance de l’aina à travers les générations futures. Mais cette conviction a été mise à rude épreuve, face aux misères de ce monde, et face à la haine qui mine notre société. L’article intitulé Croyances et Instrumentalisation que j’ai écrit il y a à peine trois semaines était teinté de cette révolte intérieure qui m’animait face à l’injustice et aux faux-semblants. Aujourd’hui, je me sens pousser des ailes. La révolte sera toujours présente et est un moteur puissant pour aller de l’avant. Mais j’ai compris que nous ne devons jamais désespérer des hommes, parce que l’espoir existe bien. L’espoir, c’est notre nature empathique qui nous pousse à nous prendre soin les uns des autres, à nous définir par rapport aux autres, et à toujours améliorer nos relations et interactions avec les autres afin de perpétuer notre espèce. Je crois en l’Homme.

 

J’ai l’espoir que même si notre fin semble proche, au vu de l’ampleur de notre empreinte écologique et du niveau de destruction que nous avons infligé à notre planète, et que nous nous infligeons entre nous, nous pouvons encore redresser la barre. Mais pour cela, nous devons apprendre à ressentir de l’empathie pour tous ceux qui nous entourent. Les générations actuelles portent une lourde responsabilité sur les épaules. J’ai conscience de cette lourdeur, et elle devient toujours plus importante à chaque fois que je plonge mes yeux dans ceux de mes propres enfants.

 

Heureusement, partout dans le monde, des élans formidables de solidarité se mettent en place, même si, de l’autre côté, des élans destructeurs fortement relayés par les médias continuent d’alimenter notre quotidien. Aujourd’hui, plus que jamais, les jeunes malgaches devraient aussi se mettre au diapason de ces mouvements mondiaux de solidarité. Nous ne pouvons plus rester à l’écart d’un monde qui continue à exister au-delà de nos petits soucis quotidiens, au-delà de notre île. Mais pour cela, nous avons besoin de jeunes hommes et de jeunes femmes convaincus qui veulent vraiment un monde meilleur pour demain, pour chaque être humain qui peuple notre planète. Pour nos enfants.

Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l’empathie. Ed. Nouveaux horizons, 2011. 

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