QUID DU CONCLAVE DU FFKM

Publié le par KalaSoa

 

"You've got the words to change a nation
But you're biting your tongue
You've spent a life time stuck in silence
Afraid you'll say something wrong"

Read all about it, Part III, Emeli Sande 

 

Si j’écris ce billet aujourd’hui, c’est que j’ai eu l’immense chance de ne pas avoir été élevée dans la religiosité qui caractérise la majorité des familles malgaches. Pour cela, j’en suis éternellement reconnaissante à mes parents, un homme et une femme qui ont su braver les règles tacites de la société malgache, qui ont défendu leurs positions en soutenant la tête haute les reproches et autre culpabilisation des autres, qu’ils soient directes ou subtiles, et qui ont réussi à nous transmettre des valeurs morales essentielles, en dehors de toute considération à caractère religieux. Et je pourrais même ajouter qu’ils ont réussi à nous élever et nous aider à réussir respectivement nos vies, sans recours à ce fameux réseau social (pas celui du web…) tananarivien, même s’ils auraient pu l’exploiter. Ce fameux réseau tisse ses liens entre les grandes familles d’antan, héritières de richesses et d’avoirs immobiliers, et conserve précieusement entre elles les ficelles de la vie économique …et du  pouvoir politique.  

 

Bien sûr, je suis passée par des moments de crise identitaire, où je voulais me conformer aux moules existants : je voulais moi aussi être affiliée à un temple ou une église, je voulais passer par les différents échelons qui marquent la vie d’un bon chrétien qui se respecte, je me suis même laissée convaincre par des personnes de mon entourage à un moment de ma vie d’adolescente et de jeune adulte, que je ne trouverais jamais un bon mari en dehors du cercle des fidèles et des bonnes familles. Heureusement pour moi, il semble que j’avais quand même assez de jugeote pour avoir échappé à ce genre de raisonnement, sinon je ne serais pas ici en train d’écrire ceci, et je n’aurais jamais rencontré l’homme de ma vie…  Je suis même passée par une profonde crise mystique, très New Age. Et je crois que mon voyage spirituel n’est pas près de s’achever…mais bon, passons à ce qui nous concerne ici.

 

Tout ceci pour vous dire que si j’ose aujourd’hui m’insurger contre la pratique politique d’aujourd’hui, et surtout l’ingérence religieuse dans cette pratique, c’est que je me sens libre dans ma tête, et que je sais que je n’ai de compte à rendre à personne, sauf à ma conscience. Et ma conscience me dit que ce que le FFKM est en train de faire serait tout sauf adapté à une nation qui aspire désormais à respecter les valeurs républicaines, et qui voudrait mettre en place les bases d’une démocratie. Bon, ceci est quand même à vérifier, peut-être suis-je la seule à y aspirer, en fait… De quels droits les institutions religieuses se donnent-elles la peine et le pouvoir de participer à la résolution de la crise, surtout après le fiasco d’Ambohimanambola ? Qui représentent-ils ? On pourrait répondre par « les chrétiens » ou « les fidèles ». Mais tous les malgaches sont-ils des « chrétiens » et des « fidèles » ? Tous les malgaches sont-ils affiliés à leurs églises et temples ? Tous les malgaches reconnaissent-ils leur autorité ? Supposer que tous les malgaches sont des chrétiens et reconnaissent l’autorité de ces quatre chefs d’église est à mon sens une grave entorse à la liberté de culte, et impose au niveau des consciences, d’une manière peu subtile, la prééminence d’une forme religieuse sur une autre dans la pratique politique.

J’ai eu la chance d’avoir un proche qui a pu observer de près le déroulement du soi-disant processus malgacho-malgache de résolution de la crise. Ce qui m’énerve dans tout ceci, c’est que l’on utilise deux concepts importants à savoir le nationalisme/patriotisme et la religion pour manipuler les consciences… et remettre à zéro les compteurs dans la résolution de la crise et compromettre ainsi l’organisation des élections. Certains politiciens qui participent à ce processus malgacho-malgache semblent être des politiciens en perte de légitimité, ou qui n’ont jamais eu la légitimité des vrais hommes et femmes politiques dignes de ce nom, celle obtenue par les urnes. Peuvent-ils être considérés comme représentatifs de la population malgache ?

 

Je suis certaine que beaucoup de mes concitoyens et concitoyennes pourraient penser la même chose. Ceci a d’ailleurs été déjà évoqué maintes fois par certains hommes et femmes de la classe politique. Mais je ne me sentirais à l’aise que si moi-même je peux l’affirmer haut et fort, en tant que simple citoyenne : que chacun à sa mission ! Et à ma compréhension, celle du FFKM est du domaine spirituel. 

 

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toavina 25/08/2014 16:44

le débar est relancé.Ria, tu peux publier ici ou m'envoyer l'art?

Ria 22/04/2013 09:24

Toavina> Je ne pense pas que Ratsiraka et FFKM parle de la meme chose. Mais bien sur avec la manipulation politique, on peut tout prouver.

Ria 22/04/2013 08:57

Je suis en train d'ecrire un article sur le FFKM et je me pose les memes questions. Neanmois, je pense qu'il ne s'agit pas de representativite. On se base sur le fait que le FFKM a "resolu" la
crise de 1991. Le FFKM c'est un peu une sorte de "cinquieme pouvoir", comme l'armee, au-dela de la societe civile dans la conscience collective politique, je dirai... Reste a savoir s'ils
detiennent encore ce role et une quelconque autorite pour cette crise de 2009.

Ralambomahay Toavina 20/04/2013 16:36

Oui effectivement, ce n'est pas très morale de confier la sortie de crise à des églises. d'abord, on pourrait penser, et à raison, que les musulmans, les athées, les animistes aussi pourraient le
faire. ensuite, c'est pas très proche du concept de la!icité, et bien sûr si le FFKM réussit, oui, c'est vrai on va faire porter cette réussite chez les chrétiens ce qui dévaloriserait les autres
croyances. je suis tout à a fait d'accord avec toi. c'est important.
je te propose un autre point de vue:
cette idée de réunir les quatre chefs de file, de conférence au sommet, n'est pas du FFKM. elle ne date pas du 18 avril 2013. elle est l'idée de Didier Ratsiraka qui a toujours voulu reprendre les
négociations, qui n'a pas signé la FdR. il a toujours tenté d'organiser cette conf mais c'est le FFKM qui a réussit. donc tu peux essayer de voir que le FFKM est la cheville ouvrière, mais l'idée
n'est pas du tout du FFKM.
et cela pallie à notre souci partagé et bien-fondé que tu exprimes plus haut.