Jeune malgache : où vas-tu ?

Publié le par KalaSoa

Hier, j’ai eu une séance de discussion avec une dizaine de jeunes âgés de 16 à 22 ans. Je les connais tous car je suis également leur enseignante. Au cœur du débat, la formation professionnelle qu’ils suivent tous depuis quelques semaines. A l’issue de la séance, je me suis sentie un peu désespérée. Quel avenir pour Madagascar, quand les jeunes ne sont même pas capables de voir plus loin que le bout de leur nez, de leur sexe ou de leur poche ?

 

Je ne sais pas ce que je fais ici !


La plupart de mes jeunes étudiants ne savent même pas pourquoi ils se sont inscrits à la formation, qui est pourtant destinée à leur fournir des compétences qu’ils peuvent mobiliser de suite à la sortie de leurs études. A la question sur les raisons qui les ont poussé à s’inscrire, les réponses varient d’une pression parentale à une influence des amis. Tous sont tombés par accident dans ce qui devait être, à l’origine, une facilitation à l’insertion au monde professionnel. Je m’aperçois même en cours de discussion, qu’ils trouvent l’idée de travailler comme étant particulièrement barbante. Ils n’envisagent pas de faire carrière, mais s’enflamment vite à l’idée de devenir soudainement riche. Les figures les plus admirées ? Les grossistes, les camionneurs, les businessmen qui  ont su trouver un créneau extrêmement rapporteur, et qui se sont rempli bien vite les poches et se sont construit d’énormes maisons sans confort qu’ils louent pièce par pièce à des familles pauvres. Cela me désole quand je regarde les filles présentes et que je peux voir dans leurs regards croisés et leurs rires étouffés qu’elles pensent certainement à un certain "prince charmant" qui les épouserait et leur permettrait de devenir des mères de famille accomplies, possédant tout et extrêmement enviée et jalousée par ses paires. Je m’aperçois que les notions d’accomplissement de soi sont encore très éloignées de leurs préoccupations actuelles.

 

Quand je leur demande s’ils ont regardé les nouvelles à la télévision, ils me répondent par la négative, avec une once de défi à peine masquée. Pour m’empêcher de leur faire la morale. Pour me défier d’oser leur reprocher ce qu’ils savent être un comportement inapproprié, mais qu’ils font quand même, parce qu’ils ne veulent pas être comme les intellectuels qui pensent tout savoir et qui au final, leur semble-t-il,  ne savent rien, car ils gagnent moins que le mec qui a à peine son CEPE et qui s’est enrichi grâce aux taxibe. Quand j’évoque le fait que le travail ne se résume pas à la contrepartie monétaire, ils me regardent comme si j’étais une extraterrestre.  Ils ne savent pas à quel point j’aurais aimé en être une !!!

 

Une responsabilité partagée


J’essaie de me rappeler comment j’étais à leur âge. J’essaie de me rappeler les conditions dans lesquelles je vivais, de qui j’étais entourée. Je peux dire que je n’ai aucun droit de blâmer ces jeunes. Aussi frustrantes qu’elles puissent être, leurs réponses traduisent le dysfonctionnement qui existe au sein de notre société en général, et au sein de notre système éducatif en particulier. Comment pourrions-nous envisager le futur quand prévalent dans notre système de valeurs le matérialisme, le goût du moindre effort, le mépris des études, la culture de la chance, de la bonne étoile et de la fatalité ? Ces jeunes sont les victimes d’un système éducatif défaillant, qui n’oriente pas assez tôt les jeunes vers le monde professionnel. Les questions sur les futurs métiers, qui sont posées à chaque début d’année scolaire, et auxquelles les élèves répondent souvent avec les métiers de leurs parents ou leurs proches, sont devenues des récitations sans aucune forme d’accompagnement ni de réflexions approfondies. Les intentions sont rarement accompagnées d’actions. Et quand certains de nos jeunes osent prendre des initiatives, ce sont les parents eux-mêmes qui limitent les rêves de leurs enfants, car ils ont peur de ne pas être à la hauteur, financièrement parlant. Au niveau de la société, les références tournent autour de l’argent, dans un pays où la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Seules comptent les astuces pour gagner de l’argent, quel qu’en soit le prix, et sans aucune considération éthique.

 

Oui, ces jeunes sont le résultat de notre système éducatif, et de notre système de valeurs défaillant. Quand pourrons-nous produire des jeunes qui soient dès le départ partie prenante du développement de leur pays ? Des jeunes qui seront, nos pas des businessmen, mais des entrepreneurs capables de créer des emplois, de contribuer à la croissance économique ? Des jeunes qui sont motivés par des valeurs telles que la culture de l’effort, l’éthique, le respect de soi et des autres, l’accomplissement personnel ?

 

Oui, hier, j’étais déprimée. Mais aujourd’hui, je réalise qu’il y a encore beaucoup à faire. Nous ne pouvons pas baisser les bras. Nous ne pouvons pas laisser toutes ces jeunes générations dans cet état d’esprit. Mais il s’agit d’un travail de titans, un travail quotidien, et plus nous serons nombreux pour éduquer, partager, communiquer, convaincre ou encore écouter ces jeunes, peut-être pourrons changer les choses ? Je ne perds pas espoir. Même si ce que je fais tous les jours me semble être une goutte d’eau dans la mer. 

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Agence SEO madagascar 19/11/2013 08:44

ne perds pas espoir, tes efforts pour aider ces jeunes ne seront sûrement pas vains.

KalaSoa 12/02/2014 14:44



Merci d'avoir visité mon blog. Je suis restée déconnectée pendant un temps mais je viens de nouveau de publier. Je vous invite à lire. Et encore merci! 



afro caraibes 27/04/2011 01:07


Articles tres intéligent bravo !


KalaSoa 27/04/2011 19:12



Merci beaucoup.



MAMPIONONA 22/04/2011 18:54


centente de recevoir votre courrier, enfin quelque chose de nouveau venant de madagascar. Raha betsaka ny toa anao na vehivavy na lehilahy de ho maivana ny crise ary ho zavatra hafa amizay no
eritreretina.

COURAGE DE MAHAZOTOA E


KalaSoa 27/04/2011 19:15



Merci Mampionona, 


Misaotra nitsidika sy namaly fanasana. Anjarantsika ny mampihetsika ny malagasy rehetra, na akaiky na lavitra! mazotoa koa amin'ny atao rehetra. 


 



Mirado 20/04/2011 13:33


Tsara le réflexion, firy aminao no manana zavatra lazaina sy soso-kevitra, ary indrindra ny ho enti-manatanteraka.
Enga anie tsy hijanona eto @ ity blog ity fotsiny zao fa mba tonga any @ ireo olona rehetra manana hery hanatanterahana azy


KalaSoa 22/04/2011 15:34



Misaotra Mirado mamangy! 


Nous avons besoin d'une grande mobilisation pour changer les choses, et je suis contente à chaque fois de rencontrer des gens qui partagent les mêmes idées et les mêmes préoccupations. L'espoir
est permis. Avançons ensemble, chacun de notre côté. 


Et pour que cela ne reste pas seulement sur mon blog, tu pourrais le partager autour de toi, pour faire bouger les choses. 


A bientôt!



Avo 11/04/2011 18:11


Tena marina ary tena manainga aky izany eritreritra entindry izany. Tairo ary e. Tapa-kevitra e. Ndao hitondra izay anjara biriky kely azo entina e. Be izay fiandrasana izay. Misaotra amin'ny
fizarana.


KalaSoa 22/04/2011 15:37



Ok Avo,


Tairo akia a! Isika koa efa ao anatiny e! Toutes les deux, on a l'engagement dans le sang, je l'ai  toujours senti, et je suis toujours heureuse de savoir que nous ne sommes pas
seules! 


Reste connectée. Et continuons nos efforts.