Un visage de la pauvreté: le viol d'enfant

Publié le par KalaSoa

 

Rien ne peut décrire le choc, le dégout, la tristesse, la colère et l’indignation que j’ai ressentis hier matin en entendant de la part d’un proche me raconter qu’une petite fille du voisinage que je connais bien, avait été sur le point d’être violée par un jeune garçon, alors qu’elle était toute seule chez elle en attendant sa mère partie au marché. Elle a cinq ans, le garçon a à peine douze ans. Heureusement, la maman de la petite fille est rentrée inopinément et a surpris le jeune garçon sur le fait. Il n’a pas eu le temps de commettre l’acte, mais le dommage est fait malgré tout. Echapper de justesse à une tentative de viol ne peut que laisser des traces, et même si l’auteur n’est lui-même qu’un enfant, cela n’y change pas grand-chose.


Que dire devant un tel acte ?

L’énormité d’une telle situation laisse sans voix, et nous rappelle avec une acuité intense à quel point la pauvreté, à la fois économique, culturelle et morale, détruit petit à petit ce qui nous reste de notre humanité. Bien entendu, la famille a pris les mesures nécessaires pour que l’acte ne reste pas impuni. Mais ce fait divers, malheureusement fréquent, nous rappelle la dure réalité dans laquelle nous vivons : notre société est malade, et même si nous nous efforçons chaque jour de l’ignorer, ce fait nous revient au moment le plus inattendu, touchant souvent ceux même que nous croyons être à l’abri des tragédies : des enfants innocents.


Ce garçon, initiateur du viol, aurait pu être mon propre fils. Elève dans une école publique du voisinage, il n’a classe que la moitié de la journée et pendant l’autre moitié, il est livré à lui-même. Ses parents travaillent en ville et pour éviter qu’il ne fasse des bêtises, ils ferment la maison et laissent le garçon dehors quand il n’a pas école. Il doit ainsi passer ces moments dans le voisinage, sans aucune surveillance et accompagnement d’un adulte responsable, et sous la coupe d’un groupe d’adolescents et de jeunes adultes chômeurs et délinquants. Je n’ose imaginer sa vie au quotidien, entouré de gens indifférents au drame de sa solitude d’enfant. Je le vois dépenser le peu d’argent qu’il pourrait posséder  dans une salle de jeux vidéo minable et poussiéreuse, où aucune restriction d’âge ne lui est imposée et où il peut accéder à tous les types de jeux, même les plus violents et les plus sanglants. Je le vois regarder des films pornographiques dans une salle de vidéo obscure, où personne ne s’inquiète de l’effet des mises en scène exagérées  de l’acte sexuel sur un jeune garçon pubère et en proie à différents changements que son corps d’enfant subit. Je le vois la nuit écouter en silence les grincements du lit en bois de ses parents en plein rapport sexuel, dans la même pièce, à seulement deux pas de là. Je le vois regarder son père ivre frapper sa mère dans un accès de colère, pour des broutilles. Je le vois regarder sa mère répondre par une volée d’insultes qui ferait rougir de honte les plus prudes d’entre nous. Je le vois et j’ai mal. Ce n’est qu’un enfant, mais nous en faisons un monstre. Il aurait pu être mon fils.

 Il n’est certainement pas le seul dans ce cas. Ils sont des milliers de jeunes à subir cette situation, à grandir dans un monde qui ne fait que les endurcir, et à faire d’eux les membres d’une masse sans âme, manipulable à souhait, en permanence sur le qui-vive, et prête à commettre les actes les plus ignobles pour satisfaire leurs instincts ou pour gagner le moindre petit avantage qui pourrait égayer un peu leurs tristes journées.


Et la responsabilité des parents dans tout ça ?


Je pourrais aussi me mettre en colère contre les parents, que ce soit ceux du garçon ou ceux de la petite fille. Et ce serait tout à fait légitime, dans une certaine mesure. Quels parents supposés responsables laisseraient ainsi des enfants si jeunes chez eux, exposés à de tels dangers ? Mais les parents eux-mêmes ne sont-ils pas les produits d’un système qui, au départ, les condamnait déjà à faillir immanquablement ? Aucun système de garde accessible au plus grand nombre n’existe à Madagascar, système qui pourrait permettre aux parents de confier leurs enfants à des éducateurs, pendant qu’ils exercent leurs métiers, et peuvent ainsi subvenir ainsi à leurs besoins. Recourir aux voisins, ou à des membres de la famille, n’est pas une solution possible pour tous. D’ailleurs, c’est même dans les cas où on confie les petites filles à des voisins ou à des membres de la famille que les risques de viol semblent être plus élevés. Le cas de l’oncle violeur est devenu même un fait classique et horriblement dérangeant. Les parents sont donc obligés de composer dans leur emploi du temps et laisser les enfants sans surveillance pendant des longues périodes. Pire, même présents, je doute fort que les parents aient le temps ou la disposition d’esprit nécessaire pour pouvoir discuter ensemble des comportements appropriés, surtout en matière de sexualité, avec leurs adolescents. J’en connais assez sur les relations entre les parents et les enfants malgaches pour pouvoir dire que l’éducation sexuelle consiste surtout à éviter le sujet autant que faire se peut.


Un Etat et des citoyens défaillant dans tous les sens du terme


C’est dans les cas comme celui-ci que l’on se rend compte de la défaillance de l’Etat à promouvoir un environnement favorable à un bon épanouissement de ses citoyens. Quand l’Etat ne permet pas d’assurer la sécurité des plus faibles, quand l’Etat n’arrive pas à proposer des alternatives qui permettent aux citoyens d’exercer leurs activités quotidiennes sans la peur permanente d’exposer leurs enfants à des tragédies, à quoi pourrait-il nous servir ? Quand nos jeunes garçons deviennent des criminels en puissance, et nos petites filles des victimes potentielles de ces crimes, comment pouvons-nous rester les bras croisés ? Comment pouvons-nous nous regarder dans le miroir sans vouloir changer les choses quand le drame de la pauvreté est si près de nous que l’image en devient presque flou ?


Refondation ? Oui, mais…


Madagascar devrait amorcer d’ici peu un processus de reconstruction, ou refondation, après cinq années de crise. Mais aucune refondation ne peut se faire que si on comprend toutes les facettes de la réalité complexe que nous vivons actuellement. Souvent, la priorité est donnée au développement économique, et certains croient toujours à tort qu’une fois que l’économie décolle, tout le reste suit. Mais nous savons tous que c’est bien plus compliqué que cela. Je n’imagine pas ce jeune garçon pouvoir bénéficier de quoi que ce soit dans les années à venir même si l’économie décolle, si aucune politique de proximité en faveur des jeunes et en prévention de la délinquance n’est mise en œuvre, et ceci au niveau local. Je ne crois pas que nos chers experts et politiciens en tous genres auraient jamais l’idée de prioriser la mise en place de structures pouvant soulager les parents de la garde de leurs enfants, et ceci serait compris dans ce qu’on appelle les services sociaux de base. Peut-être le système éducatif public sera-t-il amélioré et nos petits pourront avoir des journées de classe complètes ? Mais cela palliera-t-il au besoin impérieux de revoir et de rediscuter de nos valeurs ? De ce qui devrait être important pour nous, de façon à ce que nos enfants puissent avoir des références valables pour grandir ? Car aujourd’hui, les références sont les films pornographiques et les danses suggestives où les femmes sont réduites à de simples objets de désir et de plaisir, les jeux vidéo violents et sanglants,  la poursuite effrénée de biens matériels, sans aucun sens éthique et moral de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas. Le modèle de réussite est la richesse matérielle, quel que soit la manière utilisée pour y arriver.


Comme toujours, ce seront peut-être les fameux projets de développement des bailleurs de fonds qui investiront dans ce genre de projets, avec bien entendu les membres incontournables de la société civile, qui sont souvent plus motivés par l’argent qu’ils vont en retirer que par une mission sincère d’améliorer les choses. Mais la pérennisation de leurs interventions n’a jamais été vraiment prouvée, et parfois, l’on se demande s’ils ne font qu’entretenir la pauvreté sous couvert d’assistanat tout en soulageant leur conscience ?


 

Toujours est-il que pour ce jeune garçon de douze ans, sa vie sera marquée à jamais par les insultes qu’il aura reçues pour avoir presque commis un acte dont il ne mesure peut-être pas la portée. Et pour la petite fille, à cinq ans, elle aura à subir le poids de sa condition de femme dans un monde encore fortement dominé par une vision de la femme comme simple objet sexuel, faible et sans défenses…

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sa 12/02/2014 22:47

Mbola henjana sy tena de longue haleine ny CCC hi-rattrapper-na ny very tao anatin'izay fotoana fohy namelàna ny degradation de mentalité hahazo bahana izay. Generation iray farafahakeliny, izao no
vokany!! Lasa droit izao en tant que madinika et manana liberté "d'expression" ny manao abus, manembatsembana ny fiainan'ny hafa, mangalatra, mandroba. Je m'excuse mais je leur botterai leur
derrière aux parents de ce ptit gars et le garçon je l'enfermerai à double tour chez lui pendant ses 1/2 journees hi-glander-vana :///