Mes dix victoires quotidiennes

Publié le par KalaSoa

Parfois, tout  semble aller si mal que nous voyons tout en noir : obnubilés par nos échecs, nous ne réalisons pas que, tous les jours, nous sommes tous des héros et des héroïnes. Réfléchissez-y! Vous est-il jamais arrivé de recenser toutes les victoires que vous avez réalisées au cours de vos mauvaises journées ? Je me suis prise au jeu et j’ai donc commencé par réfléchir et à identifier toutes les petites victoires que j’accomplis chaque jour, et dont je ne réalise même pas l’existence. Quand vous vous sentez déprimer et que vous avez vraiment l’impression d’avoir passé la pire journée de votre vie, et bien,  pensez aux malheurs qui auraient pu vous arriver.

Première victoire : Je suis  arrivée à sortir du lit. Malgré le fait que j’ai veillé assez tard la nuit dernière (oui d’accord ! très très tard !), j’arrive à ouvrir un œil, puis le deuxième.  Malheur à ceux qui ont inventé les ordinateurs et nous ont sournoisement amené à une nouvelle forme d’esclavage : celui de travailler la nuit devant notre ordinateur !!! Bien sûr, c’est le moment de rêvasser et d’espérer qu’au lieu de 6.30, l’horloge affiche en fait 4.00. Mais je ne rêvasse pas longtemps car ma fille de deux ans et demi se met à me grimper dessus, et à me crier : « Sokafo ny maso mama a ! Aza midôdô ntsony ka !»

Deuxième victoire : Je quitte la maison sans cris ni pleurs. Il fut un temps où la sortie de la maison nécessitait un  véritable scénario, et auquel  toute la maisonnée devait participer. C’est le cas quand on a un enfant en bas âge qui ne comprend rien au charabia que vous énoncez à propos des grandes personnes qui doivent aller travailler pour gagner de l’argent. Tout était alors bon à utiliser pour faire diversion : « Oh ! Regarde ! Il y a un dessin animé à la télé ! » ou encore « Viens, on va jouer à compter nos petits doigts ! »… Mais aujourd’hui, par un miracle qui tient peut-être de la lassitude de l’enfant qui a cessé d’être dupe et qui  a appris à se résigner à ma fatale sortie, au lieu des cris et pleurs, elle me lance un joli sourire et me fait un au revoir avec la main : « Mody mama refaveo ? ». Car pour elle, ce qui compte, c’est que je revienne.

Troisième victoire : Je rattrape le bon taxibe. A partir d’une certaine heure le matin, les taxibe commencent à se faire rare, ou ce sont les voyageurs qui deviennent plus nombreux. Qu’importe ! Les queues se forment et c’est le début de la course sans foi ni lois pour la précieuse place qui va nous permettre d’arriver à l’heure à cette réunion si importante.  Aujourd’hui, par  un autre miracle, j’évite les queues et c’est même avec  un certain étonnement que je monte dans le taxibe étrangement vide. « Mankany Anosy ve ity ? » Poser la question est de rigueur. On ne sait jamais, on pourrait se tromper de destination!

Quatrième victoire : Dans le taxibe, je suis assise près d’un homme qui sent bon le déodorant. Avez-vous jamais réalisé le nombre de fois où votre voisin de taxibe dégage ce que j’appellerais, sans aucune méchanceté, une odeur corporelle pestilentielle ? Ajouter à cela que la personne en question, inconsciente de la gêne (et dégout) qu’elle provoque, se met à soulever les bras et expose ainsi nos pauvres nez à l’insoutenable ! Savoir vivre, c’est aussi savoir épargner les autres de subir les conséquences de nos mauvaises habitudes. Toutefois, aujourd’hui, mon trajet se déroule dans les meilleures conditions, avec un homme qui sent si bon !

Cinquième victoire : mon ordinateur ne s’est pas planté. Avec le sourire aux lèvres, je suis arrivée à écrire plusieurs pages de ce rapport que je dois rendre dans les meilleurs délais. Oubliés les moments où, sans aucune forme de préavis, l’ordinateur se plante et affiche, insensible à mes désespoirs : « Le programme a rencontré un problème et doit fermer. Voulez-vous envoyer un rapport d’erreur ? » Comme si l’envoi d’un stupide rapport d’erreur pouvait m’aider à récupérer les quelques pages que j’ai  produit d’une traite, dans un de ces moments bénis et rares où mon cerveau fonctionne à plein régime. Bien sûr, ces moments bénis sont toujours accompagnés d’une malheureuse tendance à  ignorer les touches salvatrices : Ctrl+S !!!

Sixième victoire : je peux commander mon plat préféré. L’une des caractéristiques de la vie des tananariviens, c’est le déjeuner aux gargotes et autres petits restos du coin. A partir de midi, les meilleurs endroits, qui allient la qualité à un prix qui ne ruine pas le porte-monnaie des travailleurs moyens, sont pris d’assaut. Les bons plats sont épuisés assez tôt et quand on a eu le malheur de prolonger cette réunion, parce qu’on devait à tout prix défendre notre idée de génie (selon notre avis unilatéral !!!), on risque d’arriver au petit resto du coin et de s’entendre répondre : « Lany ny henakisoa sy ravitoto. Tsy misy trondro intsony koa. Henakisoa sy légumes sisa ». Mais aujourd’hui, cela ne m’est pas arrivé. Et j’ai dégusté avec délectation à mon plat préféré : henakisoa sy ravitoto.

Septième victoire : mon téléphone n’affiche rien. Et oui, c’est une victoire. Pas d’appels en absence, pas de messages non lus, pas de rappels non réalisés. Certains jours, trop occupés que nous sommes à faire ceci et cela, nous devenons quasiment injoignables, et notre icône de messages clignotent à n’en plus finir. Parfois même, quand nous n’avons aucune envie d’être interrompu par un appel,  nous choisissons le mode silencieux, avec une petite once de sadisme, ce qui ne fait qu’aggraver la situation : de remontrances professionnelles aux disputes conjugales, on n’est pas sorti de l’auberge. Mais aujourd’hui, grâce à ma vigilance, j’ai reçu tous mes appels.

Huitième victoire : Quel bénédiction que de rentrer le soir et de trouver une maison calme. Ce soir, je pénètre chez moi en me demandant si les enfants ne sont pas allés prématurément au lit. Car tout est calme. Au lieu des disputes et autres courses poursuites (parce que l’un s’est fait tapé dessus, l’autre vole sans impunité les jouets d’autrui,  et qu’un autre trouve qu’il est particulièrement intéressant de hurler sans aucune raison apparente !), je suis accueillie par trois anges qui jouent ensemble sur la natte, et semblent oublier momentanément leur mutuelle agressivité. Bien sûr, mon entrée provoque quelques réactions spectaculaires, et je me retrouve instantanément envahie par trois choses collantes et pendantes, l’une à mon cou, l’autre à mon bras et la dernière à mes jambes. Mais tout redevient calme. Qui a dit que le paradis n’existe pas ?

Neuvième victoire : Je suis arrivée à regarder le journal télévisé sans être interrompue par la fameuse et non moins énervante coupure de courant. Depuis quelques temps en effet, les coupures ont repris de plus belle. Bien sûr, il y a les plates excuses  effectuées par le JIRAMA  par voie de presse, les lendemains de ces coupures intempestives et malvenues, mais elles restent des coupures et provoquent toute une série de malheurs et autres inconvénients aux usagers. Parmi les inconvénients, celui d’avoir oublier de s’approvisionner en bougies alors qu’il fait déjà tard est certainement le pire! Mais comme ma journée d’aujourd’hui n’a été composé que de bonnes choses, ma bonne fée a décrété que de coupure, il n’y en aura point aujourd’hui.

Dixième victoire : En me glissant entre les draps de mon lit douillet, je réalise à quel point ma journée a été formidable. Sans compter le fait que mon téléphone ne sonne plus pour m’annoncer une quelconque mauvaise nouvelle. Car rien de pire que d’être déjà bien installé dans le lit, de se sentir petit à petit glisser dans les bras de Morphée et d’être réveillée pour une urgence de tout genre. De la petite dernière qui veut faire caca à minuit à ma sœur qui a fait une mauvaise chute et qui se retrouve aux urgences, la liste est longue. Mais cette nuit, je peux dormir tranquillement. Cette nuit, comme cette journée, il ne m’est arrivé que de bonnes choses.

Il nous arrive de ne voir que les côtés négatifs de notre journée et de nos soirées. Il nous arrive de penser que notre journée a été ratée. Mais l’a-t-elle vraiment été ? Et si elle l’a été, n’avons-nous pas évité d’autres malheurs encore plus grands ? D’autres situations encore pires et humiliantes ? Je pense que malgré tout de qui nous arrive, nous nous devons d’essayer de tirer profit de chaque journée qui passe, et d’ouvrir nos yeux sur ces minuscules victoires que nous gagnons chaque fois contre la fatalité, ou plus précisément, contre nous-mêmes.

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Kala Sa 17/08/2012 10:15

Le sais-tu, chere Kala Soa, que je me tourne vers ce blog lors de mes petits coups de blues ...
Merci pour ce petit bonheur a portee de main! Revigorant!!

Hortense BATINDEK 12/09/2010 15:23


Oui, c'est la puissante de la pensée positive! Étaler les aspects positifs de notre vie de couple, de notre vie professionnelle, de notre vie familiale. En quelques mots: Porter son attention sur
les succès et non sur les échecs.
Bien vu! C'est encourageant!


KalaSoa 13/09/2010 19:49



Merci beaucoup pour les commentaires que vous avez laissé. Rien n'est plus encourageant qu'un commentaire laissé par un visiteur. J'espère que nous aurons l'occasion de travailler ensemble
(virtuellement s'entend!). Encore mille mercis!



hervé 08/09/2010 08:03


onzième victoire: savoir que quelquepart, y a encore des personnes aussi positives dans la vie!!!notre monde en a besoin!


KalaSoa 08/09/2010 17:07



Merci Hervé d'être passé et d'avoir laissé un commentaire! je n'ai pas toujours été aussi positive! tu me connais! je suis une P.......(lol) Reste connectée, la P..... a encore beaucoup de choses
à dire!



rado 07/09/2010 18:32


J'aime beaucoup ce que tu viens d'écrire, merci. On ne voit que trop les points négatifs de notre vie alors qu'il y a tellement d'éléments positifs auxquels on ne prend pas la peine de
s'intéresser. Moi, je souris : à mon réveil quand le réveil a sonné pour la ènième fois et que j'accepte enfin d'entrouvrir le second oeil et de sortir une jambe des couvertures, j'imagine la
posture et je ne peux que sourire en m'imaginant, je souris à mes chatons qui dès que mes pieds ont touché le sol s'agrippent à mes jambes, à mon nouveau pantalon, prenant le soin d'y accrocher
délicatement leurs griffes et prendre appui pour entraîner avec eux quelques fils qui plus jamais ne retrouveront leur place initiale, ils savent que c'est un nouveau pantalon! je souris à ce
receveur de bus qui chaque jour nous accueille avec la même rancœur et je me dis, un jour ou l'autre, il finira bien par me sourire lui aussi. Bref, je souris à la vie, j'essaie de le faire autant
que possible et il n'y a rien de tel qu'un(e) inconnu(e) qui vous rend votre sourire, sans arrière pensée ni questions, juste pour le plaisir de partager un sourire.


KalaSoa 08/09/2010 17:05



Rado, je t'imagine sourire! merci d'être passée! Reste connectée, je te promets qu'on fera ensemble un bout de chemin, sur les routes des médias citoyens! Vive nous!!!