31 juillet 2014 4 31 /07 /juillet /2014 20:47

Article publié initialement le 26 septembre 2013 sur le site World Pulse. Avec quelques éditions mineures.

At the age of thirteen, my breasts began to grow. As a trait that I inherited from my father’s family, and that I share with all my aunts and my cousins, my breasts were rapidly full, generous, and ample. I was a very shy and discreet girl at that moment, and to have a sexy bosom was not a thing that I was prepared for. It was even more than sexy. It was huge! I felt as if I was disconnected with this new body. At that time, dreaming and reading was all that I wanted. I wanted to become an author! But no one seemed to be able to see beyond this full bosom. Things got worse when boys and older teenagers began to have dirty comments behind my back. They considered me as one of those porn stars! It is very difficult when you want to be seen as an ordinary girl, and all the guys that you meet seem to only see in you a piece of meat to f***. Hey! Welcome to the women’s world!

At 21, I contemplated the idea of going through plastic surgery to get rid of those things that I considered as embarrassing parts. However, it was not possible because I had no money at all. I could have used those very feminine attributes to obtain something from all those men who were lurking around with their hungry eyes on my bosom, but I was raised to use my brain rather than my body. There were plenty of them. Young boys, young men, mature men…the last were the worst of them! They had this same glint in their eyes, the glint of lust. And worse, a glint that seems to say that they will never respect me as a human. I was just a body with no mind, a body that resembles to what they appreciate in those awful porn videos. But I knew better. I never allowed anyone to get close to me. However, I do understand that other girls act differently, because they were not taught early enough that they could say no, and that they were worth respect. They have no options.

It was a long journey to reconcile myself with my body, and it became easier after the birth of my three children. However, I will never forget those eyes that lingered on my bosom. I will never forget those hands trying to get a hold of one of my breasts when I was just innocently passing by, and it happened more than once. I will never forget those mocking laughter mixed with lust and disgust. I was a bitch, they seemed to say. I would never forget that little girl that I was before. No girl is ever a bitch. I was thirteen, and all I wanted to do was to cope with the awkwardness of being a teenager.

Why do I need to share this story? I guess many girls and women around the world have the same trouble, and even more dramatic stories because of their body. Every now and then, we, women, are still struggling to be seen as human being who are worth respect. We are living in societies that still show women and girls as a mean for boys and men to satisfy their sexual needs, to take care of them in their everyday life and to bear their heirs. And because of this, rape is still a threat for women and girls around the world, inequality is considered as normal, and worse of all, we are still raising our little girls to use their curves to obtain a man’s attention, and our boys to appreciate the physical beauty of a woman rather than their spiritual beauty. Is this the world we want for our future? I don’t think so!

Now, as a mother, I know that I have to make sure my daughters know that they have to be respected, as much as they respect others, and I have to make sure that my boy becomes a respectful man. I know that they will have to go through their hormonal driven period, but they should never forget that the core of a true and healthy relationship is being equal to one another, and in every aspect of life. I believe we need more focus on how to help both parents to raise their children more efficiently, so that our future boys and men have more respectful behaviors, and girls and women are seen beyond their body.

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12 février 2014 3 12 /02 /février /2014 14:33

 

Rien ne peut décrire le choc, le dégout, la tristesse, la colère et l’indignation que j’ai ressentis hier matin en entendant de la part d’un proche me raconter qu’une petite fille du voisinage que je connais bien, avait été sur le point d’être violée par un jeune garçon, alors qu’elle était toute seule chez elle en attendant sa mère partie au marché. Elle a cinq ans, le garçon a à peine douze ans. Heureusement, la maman de la petite fille est rentrée inopinément et a surpris le jeune garçon sur le fait. Il n’a pas eu le temps de commettre l’acte, mais le dommage est fait malgré tout. Echapper de justesse à une tentative de viol ne peut que laisser des traces, et même si l’auteur n’est lui-même qu’un enfant, cela n’y change pas grand-chose.


Que dire devant un tel acte ?

L’énormité d’une telle situation laisse sans voix, et nous rappelle avec une acuité intense à quel point la pauvreté, à la fois économique, culturelle et morale, détruit petit à petit ce qui nous reste de notre humanité. Bien entendu, la famille a pris les mesures nécessaires pour que l’acte ne reste pas impuni. Mais ce fait divers, malheureusement fréquent, nous rappelle la dure réalité dans laquelle nous vivons : notre société est malade, et même si nous nous efforçons chaque jour de l’ignorer, ce fait nous revient au moment le plus inattendu, touchant souvent ceux même que nous croyons être à l’abri des tragédies : des enfants innocents.


Ce garçon, initiateur du viol, aurait pu être mon propre fils. Elève dans une école publique du voisinage, il n’a classe que la moitié de la journée et pendant l’autre moitié, il est livré à lui-même. Ses parents travaillent en ville et pour éviter qu’il ne fasse des bêtises, ils ferment la maison et laissent le garçon dehors quand il n’a pas école. Il doit ainsi passer ces moments dans le voisinage, sans aucune surveillance et accompagnement d’un adulte responsable, et sous la coupe d’un groupe d’adolescents et de jeunes adultes chômeurs et délinquants. Je n’ose imaginer sa vie au quotidien, entouré de gens indifférents au drame de sa solitude d’enfant. Je le vois dépenser le peu d’argent qu’il pourrait posséder  dans une salle de jeux vidéo minable et poussiéreuse, où aucune restriction d’âge ne lui est imposée et où il peut accéder à tous les types de jeux, même les plus violents et les plus sanglants. Je le vois regarder des films pornographiques dans une salle de vidéo obscure, où personne ne s’inquiète de l’effet des mises en scène exagérées  de l’acte sexuel sur un jeune garçon pubère et en proie à différents changements que son corps d’enfant subit. Je le vois la nuit écouter en silence les grincements du lit en bois de ses parents en plein rapport sexuel, dans la même pièce, à seulement deux pas de là. Je le vois regarder son père ivre frapper sa mère dans un accès de colère, pour des broutilles. Je le vois regarder sa mère répondre par une volée d’insultes qui ferait rougir de honte les plus prudes d’entre nous. Je le vois et j’ai mal. Ce n’est qu’un enfant, mais nous en faisons un monstre. Il aurait pu être mon fils.

 Il n’est certainement pas le seul dans ce cas. Ils sont des milliers de jeunes à subir cette situation, à grandir dans un monde qui ne fait que les endurcir, et à faire d’eux les membres d’une masse sans âme, manipulable à souhait, en permanence sur le qui-vive, et prête à commettre les actes les plus ignobles pour satisfaire leurs instincts ou pour gagner le moindre petit avantage qui pourrait égayer un peu leurs tristes journées.


Et la responsabilité des parents dans tout ça ?


Je pourrais aussi me mettre en colère contre les parents, que ce soit ceux du garçon ou ceux de la petite fille. Et ce serait tout à fait légitime, dans une certaine mesure. Quels parents supposés responsables laisseraient ainsi des enfants si jeunes chez eux, exposés à de tels dangers ? Mais les parents eux-mêmes ne sont-ils pas les produits d’un système qui, au départ, les condamnait déjà à faillir immanquablement ? Aucun système de garde accessible au plus grand nombre n’existe à Madagascar, système qui pourrait permettre aux parents de confier leurs enfants à des éducateurs, pendant qu’ils exercent leurs métiers, et peuvent ainsi subvenir ainsi à leurs besoins. Recourir aux voisins, ou à des membres de la famille, n’est pas une solution possible pour tous. D’ailleurs, c’est même dans les cas où on confie les petites filles à des voisins ou à des membres de la famille que les risques de viol semblent être plus élevés. Le cas de l’oncle violeur est devenu même un fait classique et horriblement dérangeant. Les parents sont donc obligés de composer dans leur emploi du temps et laisser les enfants sans surveillance pendant des longues périodes. Pire, même présents, je doute fort que les parents aient le temps ou la disposition d’esprit nécessaire pour pouvoir discuter ensemble des comportements appropriés, surtout en matière de sexualité, avec leurs adolescents. J’en connais assez sur les relations entre les parents et les enfants malgaches pour pouvoir dire que l’éducation sexuelle consiste surtout à éviter le sujet autant que faire se peut.


Un Etat et des citoyens défaillant dans tous les sens du terme


C’est dans les cas comme celui-ci que l’on se rend compte de la défaillance de l’Etat à promouvoir un environnement favorable à un bon épanouissement de ses citoyens. Quand l’Etat ne permet pas d’assurer la sécurité des plus faibles, quand l’Etat n’arrive pas à proposer des alternatives qui permettent aux citoyens d’exercer leurs activités quotidiennes sans la peur permanente d’exposer leurs enfants à des tragédies, à quoi pourrait-il nous servir ? Quand nos jeunes garçons deviennent des criminels en puissance, et nos petites filles des victimes potentielles de ces crimes, comment pouvons-nous rester les bras croisés ? Comment pouvons-nous nous regarder dans le miroir sans vouloir changer les choses quand le drame de la pauvreté est si près de nous que l’image en devient presque flou ?


Refondation ? Oui, mais…


Madagascar devrait amorcer d’ici peu un processus de reconstruction, ou refondation, après cinq années de crise. Mais aucune refondation ne peut se faire que si on comprend toutes les facettes de la réalité complexe que nous vivons actuellement. Souvent, la priorité est donnée au développement économique, et certains croient toujours à tort qu’une fois que l’économie décolle, tout le reste suit. Mais nous savons tous que c’est bien plus compliqué que cela. Je n’imagine pas ce jeune garçon pouvoir bénéficier de quoi que ce soit dans les années à venir même si l’économie décolle, si aucune politique de proximité en faveur des jeunes et en prévention de la délinquance n’est mise en œuvre, et ceci au niveau local. Je ne crois pas que nos chers experts et politiciens en tous genres auraient jamais l’idée de prioriser la mise en place de structures pouvant soulager les parents de la garde de leurs enfants, et ceci serait compris dans ce qu’on appelle les services sociaux de base. Peut-être le système éducatif public sera-t-il amélioré et nos petits pourront avoir des journées de classe complètes ? Mais cela palliera-t-il au besoin impérieux de revoir et de rediscuter de nos valeurs ? De ce qui devrait être important pour nous, de façon à ce que nos enfants puissent avoir des références valables pour grandir ? Car aujourd’hui, les références sont les films pornographiques et les danses suggestives où les femmes sont réduites à de simples objets de désir et de plaisir, les jeux vidéo violents et sanglants,  la poursuite effrénée de biens matériels, sans aucun sens éthique et moral de ce qui est bien et de ce qui ne l’est pas. Le modèle de réussite est la richesse matérielle, quel que soit la manière utilisée pour y arriver.


Comme toujours, ce seront peut-être les fameux projets de développement des bailleurs de fonds qui investiront dans ce genre de projets, avec bien entendu les membres incontournables de la société civile, qui sont souvent plus motivés par l’argent qu’ils vont en retirer que par une mission sincère d’améliorer les choses. Mais la pérennisation de leurs interventions n’a jamais été vraiment prouvée, et parfois, l’on se demande s’ils ne font qu’entretenir la pauvreté sous couvert d’assistanat tout en soulageant leur conscience ?


 

Toujours est-il que pour ce jeune garçon de douze ans, sa vie sera marquée à jamais par les insultes qu’il aura reçues pour avoir presque commis un acte dont il ne mesure peut-être pas la portée. Et pour la petite fille, à cinq ans, elle aura à subir le poids de sa condition de femme dans un monde encore fortement dominé par une vision de la femme comme simple objet sexuel, faible et sans défenses…

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22 avril 2013 1 22 /04 /avril /2013 11:07

Il y a neuf ans et quelque mois, je suis devenue, pour la première fois, une jeune maman, après un accouchement long et douloureux. La femme fière et parfois bornée que je suis a refusé de recourir à la péridurale, qui est d’ailleurs rarement proposé au niveau des hôpitaux publics. Je n’ai pas eu peur de revivre l’expérience avec mes cadettes. Je dois avouer que c’est l’une des choses dont je suis vraiment fière : le fait d’avoir pu donner trois fois naissance d’une manière tout à fait naturelle, comme des millions de femmes avant moi. Mais je me demande parfois si une maman est vraiment née, ce jour-là. Ce dont je suis sûre, c’est que contrairement à l’image idéale de la maternité maintes fois racontée, peinte et repeinte par les mères autour de moi (ma mère, mes tantes, mes cousines, mes amies, mes collègues…), la réalité avait été bien différente. Et si j’ai mis du temps à en parler, c’est que j’avais un peu honte de ma différence. Mais finalement, avec le recul, après plusieurs lectures et après des échanges avec des nouvelles mères, je me rends compte que l’expérience de la maternité est bien loin de l’image idéale que l’on en donne. Voici mes déboires de mère, celles dont peu parle, mais que toutes vivent au plus secret de leur cœur.

 

Devenir maman est physiquement douloureux


On parle bien sûr de la douleur physique. Tout le monde en convient. Ce n’est pas un secret. C’est même inscrit dans l’un des livres le plus lus du monde, enfin à ce qu’il paraît : « Tu accoucheras dans la douleur ! ». Un des meilleurs moyens de légitimer la douleur, et de préparer les femmes à la supporter ! Mais on prépare moins les mamans à ce qui arrive ensuite. Car après, on dit toujours aux mamans qu’on oubliera la douleur quand on tiendra le bébé dans nos bras. Mensonges ! Je ne me souviens pas avoir « oublié » ma douleur après l’accouchement ! Cela s’est même empiré ! Une épisiotomie est terriblement douloureuse, sans parler des crevasses des seins pendant l’allaitement ! Je suis assez pudique pour ne pas évoquer toutes les autres activités qui doivent se faire dans la douleur après un accouchement, mais pour vous donner une piste, je dois avouer que je reste toujours perplexe devant les cas de femmes qui tombent enceintes moins d’un mois après leur accouchement. Mais il est vrai que chaque femme est différente, et disons que je fais partie de celles qui ont eu du mal à s’en remettre. Ces moments étaient terriblement embarrassants et je n’étais guère préparée, surtout la première fois ! Mais ils étaient moins pénibles finalement, face à une autre épreuve auquel je ne m’attendais guère.

 

Devenir maman est surtout une épreuve psychologique  


Ce dont on évoque le moins à une jeune maman, c’est la douleur psychologique. Bien sûr, désormais, la plupart des mamans modernes sont au courant du Baby-blues. On ne m’en avait jamais parlé quand j’avais accouché la première fois. J’imagine que pour la majorité des mamans malgaches actuelles, celles qui accouchent au niveau des CSB II ou des hôpitaux publics, celles qui se font accoucher par une matrone, celles qui décident d’accoucher chez elles, et celles qui n’ont pas la possibilité de lire les articles et autres documents sur l’accouchement, le baby blues reste encore un grand inconnu. Et pourtant, cette douleur existe bel et bien. Mais entre l’immense bonheur que la maman devrait ressentir face à ce petit bout de chou, et l’immense joie du père et de la famille, il n’existe pas de place pour les petites dépressions et les crises existentielles ! Sauf que ces petites misères décident quand même de venir, sans qu’on les invite. Donc, dans mon cas, il m’arrivait de pleurer pour un rien, les semaines qui ont suivi mes accouchements. Je dis bien « mes », parce que même après m’être bien informée, je n’ai pas pu éviter ces petits moments dépressifs post-accouchement, les trois fois que j’ai accouchées. Allez savoir pourquoi ! Peut-être une hyper sensibilité, ou encore une tendance à la dramatisation, ou encore un certain nombrilisme ! Le fait est que, au moment où tout le monde m’enviait et me félicitait de mon beau  bébé tout neuf, j’avais envie de me mettre sous les couvertures et de pleurer tout mon saoul. La douleur physique n’aidait pas beaucoup, et surtout, le fait que je devais cacher mes états d’âme : je devais jouer mon rôle à la perfection, celle de la jeune maman heureuse et épanouie, souriante et aimante. Pire, j’étais jalouse (oui, vous lisez bien) de l’attention que tout le monde portait désormais sur le bébé. Il n’y en avait que pour lui, et moi j’étais devenue un gros (littéralement) sac vide et fatigué.

 

Naître en tant que mère


Ceci pour vous raconter à quel point il n’est pas évident de devenir mère. Car au-delà de l’accouchement physique, déjà épuisant, il faut aussi, psychologiquement, accepter de devenir mère, et cet accouchement-là est bien plus difficile, bien plus douloureux qu’il n’y paraît. Car devenir mère, c’est aussi renoncer à être enfant soi-même. Et ce renoncement ne se fait pas du jour au lendemain, ni sans blessures. C’est un long voyage que la mère accomplit tous les jours, et c’est aussi pendant ce long voyage que se construisent les relations affectives entre la mère et l’enfant. Dans les conditions où je me trouvais après mes accouchements, je pense que j’ai surtout agi par instinct en acceptant d’allaiter mes enfants, et de m’en être occupé correctement, et aussi parce que j’étais entourée par mon mari et ma famille. Je n’ai jamais ressenti le mythe de l’amour maternel instantané. Je me souviens que pour mes trois enfants, je suis littéralement tombée amoureuse d’eux, quelques mois seulement après leur naissance, au moment où ils commençaient à babiller, et à être plus réactifs par rapport à mes sollicitations. Certains vont trouver cela cruel et je l’assume. Mais je ne crois pas qu’entretenir le mythe de l’amour maternel tel qu’idéalisé par la société soit une bonne solution pour accompagner les mères. Pour ma part, après cette première éclosion tardive, mon amour pour mes enfants n’a cessé de grandir depuis, s’alimentant de nos expériences communes.  Je sais que mon propre voyage de mère n’est pas achevé, et qu’il continuera toujours, peut-être ne cessera-t-il jamais ?

A quoi cela sert-il de revenir sur ces moments et de parler ainsi aussi ouvertement de mes expériences personnelles de la maternité, au risque d’être jugée comme étant une mauvaise mère ? Les raisons sont simples. Nous vivons dans une société où certaines choses semblent aller de soi, où certaines réalités sont passées sous silence. J’écris ces lignes pour toutes les mamans qui ont vécu la même chose, pour toutes celles qui ont dû taire et cacher leurs pensées les plus secrètes. J’écris ces lignes pour toutes les mamans qui ont su aller au-delà de ces dépressions et devenir par la suite les merveilleuses mamans qu’elles sont. J’écris aussi pour ces mamans qui sont rongées par la culpabilité de ne pas être dans la norme, si norme il y a. J’écris pour ces centaines de femmes qui se débarrassent de leur nouveau-né, faute d’entourage, de soins et de moyens, et qui sont victimes des reproches de la société, alors qu’elles doivent déjà subir le poids de leur propre culpabilité. Et j’écris surtout pour toutes les futures mamans et leur entourage, pour que tous comprennent à quel point la maman a besoin d’attentions et de soutiens, à ce moment crucial de sa vie. A chaque accouchement, non seulement un enfant est né, mais une maman aussi. Et les deux ont besoin d’attentions pour grandir.

  

Le mifana, la pratique traditionnelle malgache


J’étais, comme beaucoup d’autres femmes modernes, réticente à la pratique traditionnelle du mifana malgache. Maintenant, j’en comprends toute la mesure. Il ne s’agit pas seulement d’une pratique destinée à protéger la santé de la mère et de l’enfant, je pense qu’il s’agissait fondamentalement de protéger et d’entourer la mère dans son moment de fragilité psychologique. Dans un futur proche peut-être, toutes les maternités malgaches pourront proposer des programmes d’accompagnement psychologique et de soutien aux mamans et aux parents. Pour l’instant, nous devrons nous contenter de soutenir les mamans autour de nous, et finalement la pratique du mifana est une alternative utile. Mais la complexification de la vie moderne rend cette pratique plus difficile actuellement. Cela est-il à la source de l’accroissement du nombre d’enfants abandonnés ? Nous sommes tous au courant de ces cas terribles d’infanticide dans les sociétés occidentales. Espérons qu’à Madagascar, notre société pourra encore prévenir ce genre de cas, à travers la perpétuation du mifana au niveau des familles, en l’absence d’autres alternatives.

 

Et le papa dans tout ça ?


Et n’oublions surtout pas le rôle du papa. Je suppose que les papas doivent aussi avoir ce genre de fragilité psychologique, si seulement ils acceptaient d’en parler. Si une maman naît le jour de l’accouchement, je suppose qu’un papa naît aussi. Peut-être que si les papas étaient aussi bien entourés pendant leur propre naissance en tant que père, peut-être assumeraient-ils plus de responsabilité parentale? Peut-être même que beaucoup de pères actuels n’ont pas encore accompli leur voyage vers la parentalité ? Oui, entre l’attention de la maman qui est focalisée sur le bébé, les frustrations sexuelles qui s’en suivent… Oui, peut-être…cela expliquerait bien des choses, surtout le nombre de cas record d’abandon du foyer par les pères…

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19 avril 2013 5 19 /04 /avril /2013 09:37

 

"You've got the words to change a nation
But you're biting your tongue
You've spent a life time stuck in silence
Afraid you'll say something wrong"

Read all about it, Part III, Emeli Sande 

 

Si j’écris ce billet aujourd’hui, c’est que j’ai eu l’immense chance de ne pas avoir été élevée dans la religiosité qui caractérise la majorité des familles malgaches. Pour cela, j’en suis éternellement reconnaissante à mes parents, un homme et une femme qui ont su braver les règles tacites de la société malgache, qui ont défendu leurs positions en soutenant la tête haute les reproches et autre culpabilisation des autres, qu’ils soient directes ou subtiles, et qui ont réussi à nous transmettre des valeurs morales essentielles, en dehors de toute considération à caractère religieux. Et je pourrais même ajouter qu’ils ont réussi à nous élever et nous aider à réussir respectivement nos vies, sans recours à ce fameux réseau social (pas celui du web…) tananarivien, même s’ils auraient pu l’exploiter. Ce fameux réseau tisse ses liens entre les grandes familles d’antan, héritières de richesses et d’avoirs immobiliers, et conserve précieusement entre elles les ficelles de la vie économique …et du  pouvoir politique.  

 

Bien sûr, je suis passée par des moments de crise identitaire, où je voulais me conformer aux moules existants : je voulais moi aussi être affiliée à un temple ou une église, je voulais passer par les différents échelons qui marquent la vie d’un bon chrétien qui se respecte, je me suis même laissée convaincre par des personnes de mon entourage à un moment de ma vie d’adolescente et de jeune adulte, que je ne trouverais jamais un bon mari en dehors du cercle des fidèles et des bonnes familles. Heureusement pour moi, il semble que j’avais quand même assez de jugeote pour avoir échappé à ce genre de raisonnement, sinon je ne serais pas ici en train d’écrire ceci, et je n’aurais jamais rencontré l’homme de ma vie…  Je suis même passée par une profonde crise mystique, très New Age. Et je crois que mon voyage spirituel n’est pas près de s’achever…mais bon, passons à ce qui nous concerne ici.

 

Tout ceci pour vous dire que si j’ose aujourd’hui m’insurger contre la pratique politique d’aujourd’hui, et surtout l’ingérence religieuse dans cette pratique, c’est que je me sens libre dans ma tête, et que je sais que je n’ai de compte à rendre à personne, sauf à ma conscience. Et ma conscience me dit que ce que le FFKM est en train de faire serait tout sauf adapté à une nation qui aspire désormais à respecter les valeurs républicaines, et qui voudrait mettre en place les bases d’une démocratie. Bon, ceci est quand même à vérifier, peut-être suis-je la seule à y aspirer, en fait… De quels droits les institutions religieuses se donnent-elles la peine et le pouvoir de participer à la résolution de la crise, surtout après le fiasco d’Ambohimanambola ? Qui représentent-ils ? On pourrait répondre par « les chrétiens » ou « les fidèles ». Mais tous les malgaches sont-ils des « chrétiens » et des « fidèles » ? Tous les malgaches sont-ils affiliés à leurs églises et temples ? Tous les malgaches reconnaissent-ils leur autorité ? Supposer que tous les malgaches sont des chrétiens et reconnaissent l’autorité de ces quatre chefs d’église est à mon sens une grave entorse à la liberté de culte, et impose au niveau des consciences, d’une manière peu subtile, la prééminence d’une forme religieuse sur une autre dans la pratique politique.

J’ai eu la chance d’avoir un proche qui a pu observer de près le déroulement du soi-disant processus malgacho-malgache de résolution de la crise. Ce qui m’énerve dans tout ceci, c’est que l’on utilise deux concepts importants à savoir le nationalisme/patriotisme et la religion pour manipuler les consciences… et remettre à zéro les compteurs dans la résolution de la crise et compromettre ainsi l’organisation des élections. Certains politiciens qui participent à ce processus malgacho-malgache semblent être des politiciens en perte de légitimité, ou qui n’ont jamais eu la légitimité des vrais hommes et femmes politiques dignes de ce nom, celle obtenue par les urnes. Peuvent-ils être considérés comme représentatifs de la population malgache ?

 

Je suis certaine que beaucoup de mes concitoyens et concitoyennes pourraient penser la même chose. Ceci a d’ailleurs été déjà évoqué maintes fois par certains hommes et femmes de la classe politique. Mais je ne me sentirais à l’aise que si moi-même je peux l’affirmer haut et fort, en tant que simple citoyenne : que chacun à sa mission ! Et à ma compréhension, celle du FFKM est du domaine spirituel. 

 

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10 juin 2012 7 10 /06 /juin /2012 13:15

« Aimer un enfant, en effet, c’est lui apporter en permanence paroles, amour, aide et tendresse. Non pas pour le garder pour soi. Mais pour le rendre au contraire capable de vivre, chaque jour un peu plus, loin de soi, ailleurs. Aimer un enfant, c’est faire en sorte de lui être, au fil des jours, de moins en moins indispensable (…). C’est, pour lui ouvrir les portes du monde, renoncer à l’exclusivité de son affection. » in Pourquoi l’amour ne suffit pas, Aider l’enfant à se construire. De Claude Halmos.

 

Quoi de plus naturel que d’écrire un article sur la fête des mères et sur la fête des pères, en ce mois de juin consacré à l’enfance ? Comme d’autres mamans, dimanche dernier, j’ai eu droit aux récitations et aux cadeaux de la part de mes trois petits anges et de leur père, ce dont je leur suis profondément reconnaissante. Dimanche prochain, nous rééditerons certainement la fête, avec au centre de l’attention cette fois le plus beau papa du monde.

 

Mais au-delà de ces fêtes, dont le caractère commercial n’est plus à discuter, quelque chose me gêne. Ne passons-nous pas à côté de quelque chose de fondamental chaque année en fêtant les parents ? Certes, il est normal de fêter les parents, ne serait-ce que pour les nuits blanches qu’ils  passent à s’occuper de leurs petits, ou des « sacrifices » qu’ils font quotidiennement pour leur rendre la vie plus confortable. Moi-même, je suis habitée par une fierté excessive et quasi enfantine à chaque fois que je pense à mes trois accouchements par voix basse sans péridurale (voyez ici ma prétention avérée !)  Mais je sais aussi que derrière les rires, les câlins, les gâteaux…il existe une réalité beaucoup plus complexe.

 

Etre parent n’est pas facile. C’est même le rôle qui est peut-être le moins évident et pour lequel on est le moins préparé du monde. Et c’est peut-être aussi le rôle dont on parle le moins à Madagascar. Face à nos difficultés sociopolitiques et économiques, nous avons tendance à donner tort au système éducatif, aux politiciens, aux religieux, aux colonisateurs… nous oublions souvent que tous les hommes et toutes les femmes qui décident maintenant de notre sort ont tous été un jour des enfants. Des enfants qui ont été élevé et façonné par des parents. Quelles valeurs leur ont été transmises par leurs parents au sein de leur cellule familiale?

 

Nous-mêmes aujourd’hui, en tant que jeunes parents, réfléchissons-nous assez au futur de nos enfants ? J’ai un jour été étonnée d’entendre un jeune père de famille affirmer que son objectif dans la vie était de construire une maison pour chacun de ses trois enfants, lesquels enfants sont aussi jeunes que les miens. Je ne formulerais jamais de tels objectifs pour mes propres enfants. Que pourrais-je leur apprendre, en leur offrant ainsi sur un plateau une maison ? Que seule la sécurité matérielle et financière importe ? Que dans la vie, il n’est pas nécessaire de fournir le moindre effort ? Si je devais me fixer de tels objectifs, je risquerais de renoncer à mes propres idéaux pour pouvoir espérer devenir riche rapidement.  Bien sûr, face à la difficulté économique que chacun d’entre nous vit au quotidien, il est peut-être légitime de se dire « je ne permettrais jamais à mes enfants de revivre mes propres galères ». Mais au-delà, qu’est-ce que l’enfant aura appris ?

 

Les fêtes des mères et des pères devraient offrir une opportunité de réflexion à tous les parents du monde, au lieu d’être des fêtes de complaisance. Chaque fois que je regarde dans les yeux de chacun de mes enfants, j’angoisse à l’idée de ne pas faire les bons choix et de dire les bons mots, pour qu’ils deviennent plus tard des adultes responsables, des adultes qui auront un sens de l’éthique élevé, des citoyens du monde qui pourront aider à construire un avenir meilleur pour toute l’humanité. En effet, il n’est pas facile de transmettre des valeurs telles que l’intégrité, l’honnêteté, le respect de soi et des autres…surtout en dehors de tout système religieux, qui risque d’être aliénant et de favoriser l’exclusion.

 

Il n’est pas utile de nous culpabiliser. Peut-être est-il seulement temps de nous accorder, nous les jeunes parents d’aujourd’hui, l’appui qu’il nous faut pour que nous puissions jouer notre rôle de guides et d’accompagnateurs ? Nous, les parents, nous avons une lourde responsabilité sur nos épaules. Mais nous ne pourrons pas porter seuls cette responsabilité. Des programmes d’appui aux parents malgaches devraient voir le jour. J’espère que cet article pourra, d’une certaine façon, permettre de faire avancer les choses dans ce sens. Pour qu’on aille au-delà des simples festivités. Et que l’on accorde aux parents l’attention qu’ils méritent.   

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17 avril 2012 2 17 /04 /avril /2012 09:44

Les crises existentielles qui marquent nos parcours de vie nous amènent le plus souvent à nous poser la question de notre utilité et raison d’être sur la Terre. Beaucoup d’entre nous choisissent la foi et  la religion pour évacuer le problème et l’angoisse de la mort, et donner ainsi un sens à la vie. Ce qui n’est pas mal en soi. Mais ce n’est pas toujours le cas pour tout le monde. Depuis longtemps, je me suis posée la question suivante : avons-nous besoin d’un dieu pour être bon et pour faire quelque chose de bien dans notre vie ? Avons-nous besoin de la promesse d’une résurrection et d’une vie éternelle pour aimer et respecter l’autre ? Et d’ailleurs, à bien y penser, que ferais-je d’une vie éternelle ? Un éternel recommencement. Un ennui à mourir qu’aucune perspective de mort ne pourrait terminer ! Le bonheur ne peut être apprécié que parce qu’il est opposé à un certain degré de souffrance, de malheur et de sa fin inéluctable. Le paradis ne saurait être éternel. J’admire le personnage de Jésus parce qu’il a un sens élevé de l’empathie, et non pour son éventuelle ascendance divine. Il devait être, comme beaucoup d’autres avant et après lui, une de ces personnes qui avaient atteint un niveau de conscience élevé, mais comme beaucoup, il était admiré mais néanmoins mal compris.

 

Le dernier livre de Jeremy Rifkin a été une révélation pour moi en ce sens qu’il a apporté des éléments de réponse à mon angoissante question sur la nature humaine et le sens même de la vie. Quand il écrit que nous sommes une espèce fondamentalement empathique, j’ai eu la confirmation de ma conviction intime : l’homme est naturellement bon, et nous sommes équipés, comme le confirment les spécialistes des sciences cognitives, pour ressentir de l’empathie, et ainsi perpétuer la vie ou l’aina pour utiliser le terme malgache. C’est peut-être cela la vie éternelle ? La survivance de l’aina à travers les générations futures. Mais cette conviction a été mise à rude épreuve, face aux misères de ce monde, et face à la haine qui mine notre société. L’article intitulé Croyances et Instrumentalisation que j’ai écrit il y a à peine trois semaines était teinté de cette révolte intérieure qui m’animait face à l’injustice et aux faux-semblants. Aujourd’hui, je me sens pousser des ailes. La révolte sera toujours présente et est un moteur puissant pour aller de l’avant. Mais j’ai compris que nous ne devons jamais désespérer des hommes, parce que l’espoir existe bien. L’espoir, c’est notre nature empathique qui nous pousse à nous prendre soin les uns des autres, à nous définir par rapport aux autres, et à toujours améliorer nos relations et interactions avec les autres afin de perpétuer notre espèce. Je crois en l’Homme.

 

J’ai l’espoir que même si notre fin semble proche, au vu de l’ampleur de notre empreinte écologique et du niveau de destruction que nous avons infligé à notre planète, et que nous nous infligeons entre nous, nous pouvons encore redresser la barre. Mais pour cela, nous devons apprendre à ressentir de l’empathie pour tous ceux qui nous entourent. Les générations actuelles portent une lourde responsabilité sur les épaules. J’ai conscience de cette lourdeur, et elle devient toujours plus importante à chaque fois que je plonge mes yeux dans ceux de mes propres enfants.

 

Heureusement, partout dans le monde, des élans formidables de solidarité se mettent en place, même si, de l’autre côté, des élans destructeurs fortement relayés par les médias continuent d’alimenter notre quotidien. Aujourd’hui, plus que jamais, les jeunes malgaches devraient aussi se mettre au diapason de ces mouvements mondiaux de solidarité. Nous ne pouvons plus rester à l’écart d’un monde qui continue à exister au-delà de nos petits soucis quotidiens, au-delà de notre île. Mais pour cela, nous avons besoin de jeunes hommes et de jeunes femmes convaincus qui veulent vraiment un monde meilleur pour demain, pour chaque être humain qui peuple notre planète. Pour nos enfants.

Jeremy Rifkin, Une nouvelle conscience pour un monde en crise. Vers une civilisation de l’empathie. Ed. Nouveaux horizons, 2011. 

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6 avril 2011 3 06 /04 /avril /2011 20:56

Hier, j’ai eu une séance de discussion avec une dizaine de jeunes âgés de 16 à 22 ans. Je les connais tous car je suis également leur enseignante. Au cœur du débat, la formation professionnelle qu’ils suivent tous depuis quelques semaines. A l’issue de la séance, je me suis sentie un peu désespérée. Quel avenir pour Madagascar, quand les jeunes ne sont même pas capables de voir plus loin que le bout de leur nez, de leur sexe ou de leur poche ?

 

Je ne sais pas ce que je fais ici !


La plupart de mes jeunes étudiants ne savent même pas pourquoi ils se sont inscrits à la formation, qui est pourtant destinée à leur fournir des compétences qu’ils peuvent mobiliser de suite à la sortie de leurs études. A la question sur les raisons qui les ont poussé à s’inscrire, les réponses varient d’une pression parentale à une influence des amis. Tous sont tombés par accident dans ce qui devait être, à l’origine, une facilitation à l’insertion au monde professionnel. Je m’aperçois même en cours de discussion, qu’ils trouvent l’idée de travailler comme étant particulièrement barbante. Ils n’envisagent pas de faire carrière, mais s’enflamment vite à l’idée de devenir soudainement riche. Les figures les plus admirées ? Les grossistes, les camionneurs, les businessmen qui  ont su trouver un créneau extrêmement rapporteur, et qui se sont rempli bien vite les poches et se sont construit d’énormes maisons sans confort qu’ils louent pièce par pièce à des familles pauvres. Cela me désole quand je regarde les filles présentes et que je peux voir dans leurs regards croisés et leurs rires étouffés qu’elles pensent certainement à un certain "prince charmant" qui les épouserait et leur permettrait de devenir des mères de famille accomplies, possédant tout et extrêmement enviée et jalousée par ses paires. Je m’aperçois que les notions d’accomplissement de soi sont encore très éloignées de leurs préoccupations actuelles.

 

Quand je leur demande s’ils ont regardé les nouvelles à la télévision, ils me répondent par la négative, avec une once de défi à peine masquée. Pour m’empêcher de leur faire la morale. Pour me défier d’oser leur reprocher ce qu’ils savent être un comportement inapproprié, mais qu’ils font quand même, parce qu’ils ne veulent pas être comme les intellectuels qui pensent tout savoir et qui au final, leur semble-t-il,  ne savent rien, car ils gagnent moins que le mec qui a à peine son CEPE et qui s’est enrichi grâce aux taxibe. Quand j’évoque le fait que le travail ne se résume pas à la contrepartie monétaire, ils me regardent comme si j’étais une extraterrestre.  Ils ne savent pas à quel point j’aurais aimé en être une !!!

 

Une responsabilité partagée


J’essaie de me rappeler comment j’étais à leur âge. J’essaie de me rappeler les conditions dans lesquelles je vivais, de qui j’étais entourée. Je peux dire que je n’ai aucun droit de blâmer ces jeunes. Aussi frustrantes qu’elles puissent être, leurs réponses traduisent le dysfonctionnement qui existe au sein de notre société en général, et au sein de notre système éducatif en particulier. Comment pourrions-nous envisager le futur quand prévalent dans notre système de valeurs le matérialisme, le goût du moindre effort, le mépris des études, la culture de la chance, de la bonne étoile et de la fatalité ? Ces jeunes sont les victimes d’un système éducatif défaillant, qui n’oriente pas assez tôt les jeunes vers le monde professionnel. Les questions sur les futurs métiers, qui sont posées à chaque début d’année scolaire, et auxquelles les élèves répondent souvent avec les métiers de leurs parents ou leurs proches, sont devenues des récitations sans aucune forme d’accompagnement ni de réflexions approfondies. Les intentions sont rarement accompagnées d’actions. Et quand certains de nos jeunes osent prendre des initiatives, ce sont les parents eux-mêmes qui limitent les rêves de leurs enfants, car ils ont peur de ne pas être à la hauteur, financièrement parlant. Au niveau de la société, les références tournent autour de l’argent, dans un pays où la majorité de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Seules comptent les astuces pour gagner de l’argent, quel qu’en soit le prix, et sans aucune considération éthique.

 

Oui, ces jeunes sont le résultat de notre système éducatif, et de notre système de valeurs défaillant. Quand pourrons-nous produire des jeunes qui soient dès le départ partie prenante du développement de leur pays ? Des jeunes qui seront, nos pas des businessmen, mais des entrepreneurs capables de créer des emplois, de contribuer à la croissance économique ? Des jeunes qui sont motivés par des valeurs telles que la culture de l’effort, l’éthique, le respect de soi et des autres, l’accomplissement personnel ?

 

Oui, hier, j’étais déprimée. Mais aujourd’hui, je réalise qu’il y a encore beaucoup à faire. Nous ne pouvons pas baisser les bras. Nous ne pouvons pas laisser toutes ces jeunes générations dans cet état d’esprit. Mais il s’agit d’un travail de titans, un travail quotidien, et plus nous serons nombreux pour éduquer, partager, communiquer, convaincre ou encore écouter ces jeunes, peut-être pourrons changer les choses ? Je ne perds pas espoir. Même si ce que je fais tous les jours me semble être une goutte d’eau dans la mer. 

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1 avril 2011 5 01 /04 /avril /2011 15:26

Je hais le conformisme !

 

J'ai toujours eu une grande admiration pour ces personnes qui osent affirmer leurs différences. En effet, si nous étions tous identiques, que nous arriverait-il ? Pourtant, plus nous avançons en âge, plus nous nous disons : « il vaut mieux que je me range maintenant ! ». Adieu, la coupe de cheveux qui a provoqué  un véritable scandale chez vos parents ! Oubliée, votre attitude rebelle qui a pourtant séduit votre cher(e) et tendre ! Désormais, vous êtes parmi les personnes « normales », qui font des choses « normales », et qui sont tout aussi normalement ennuyeuses !

J'ai une peur bleue de devenir une personne « normale ». En effet, être « normal », c'est être invisible, c'est se fondre dans la masse, ne plus exister. Être normal, c'est oublier nos rêves et nos aspirations, et rejoindre un quotidien qui, à défaut d'être parfait, aurait au moins le mérite de subvenir à nos besoins matériels - pour certains, du moins - et de nous positionner dans un échelon social. Enfin, être normal, c'est renoncer à notre individualité. Je ne fais pas l'éloge de l'anormalité ni de toutes formes de déviances, et loin de moi l'idée de provoquer des attitudes antisociales !

Je voudrais seulement dire que nous avons besoin de notre individualité pour pouvoir exister, et l'affirmation de cette individualité nous permet de mieux nous sentir dans notre peau. Cela me rappelle le roman intitulé « les Fourmis » de Bernard Werber que j'ai lu et relu quand j'étais adolescente !

Le conformisme, qu'il soit social, religieux, culturel ou...j'en passe..., ne peut que tuer ce que nous avons au plus profond de nous. Il est vrai qu'il est indispensable pour pouvoir vivre d'une manière harmonieuse au sein une société donnée. Mais le conformisme aux normes sociales est une balise, et ne devrait pas justifier des comportements ségrégationnistes.

Je rêve d'une société où les gens n'auront pas besoin de se conformer bêtement aux normes sociales, mais qui adoptent plutôt les comportements nécessaires à une vie commune. Je rêve d'une société où chacun pourrait être ce qu'il est, sans avoir besoin de se justifier, ni de subir des formes de discrimination ou de stigmatisation. Je rêve d'une société où tout un chacun possède des valeurs au centre desquelles se trouve l'épanouissement de l'être humain, et qui sont motivées par un profond sens de l'éthique. Oui, je rêve encore et encore, pour continuer à exister....Pour ne pas disparaître...  

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17 septembre 2010 5 17 /09 /septembre /2010 16:10

 

Il existe plusieurs sortes de peurs : celle que nous ressentons face à l’inconnu, celle que nous ressentons quand nous nous trouvons confrontés à une menace d’ordre physique ou émotionnel, celle qui nous vient de notre petite enfance et de nos souvenirs enfouis… Mais il existe une autre peur qui tend à devenir de plus en plus courante de nos jours, et qui malheureusement, touche de plus en plus la population masculine : la peur des femmes.  Oui, certains hommes  malgaches actuels ont peur des femmes. Je dis bien certains, mais pas tous.

Je n’ai pas l’intention de faire un procès contre les hommes. Je suis moi-même amoureuse d’un des membres de cette espèce qui  croit pouvoir dominer le monde parce qu’ils ont un appendice de trop.  Mais je suis scandalisée par une pratique qui se fait d’une manière subtile, mais qui, en fait, relève tout simplement de la lâcheté : ces hommes qui n’osent pas épouser ou prendre pour compagne des femmes intelligentes, brillantes et diplômées. Quand il s’agit d’une partie de jambes en l’air, ou de sorties sans lendemains… ces hommes choisissent bien les femmes brillantes. Ils les admirent et les envient. Mais dès qu’il s’agit d’un engagement sérieux, hop, ils s’éclipsent et préfèrent de loin les femmes simples, celles qui n’ont d’autre ambition que de satisfaire les besoins de leur mari et de leurs enfants, ou celles qui ne pensent qu’à dépenser l’argent gagné par leur riche mari.

Je n’ai rien contre ces femmes, qu’on se le dise ! J’ai été moi-même une femme au foyer après la naissance de mon troisième enfant, et je peux comprendre la difficulté qu’il y a à rester tout le temps à la maison, et dont la seule possibilité d’ouverture sociale est le portail de l’école, avec son attroupement de mères au foyer qui parlent de tout et de rien, et de préférence des autres.

Mais je connais plusieurs femmes admirables, qui ont choisi d’étudier, de travailler, de devenir des professionnelles ou qui ont des engagements sociaux ou politiques forts,  et qui essaient de donner à leur manière une autre image de la femme malgache, … mais qui se retrouvent seules. Pourquoi ? Parce que les hommes avec lesquels elles sont sorties n’ont pas apprécié le fait qu’elles se hissent au même niveau qu’eux. Parce que ces hommes, de peur d’être dominés, ont préféré choisir des épouses qui ne pourront pas leur faire ombrage. C’est une réalité, peut-être pas simplement à Madagascar, mais aussi ailleurs.

Pourtant, j’estime que cette peur des femmes brillantes est l’un des freins à notre développement. Nos hommes se satisfont d’un modèle féminin qui, tout compte fait, ne les fait pas progresser. Au lieu de choisir des femmes qui pourront être un défi quotidien, ils choisissent celles qui leur posent le moindre problème, et dont le silence peut s’acheter facilement avec de l’argent et d’autres possessions matérielles. Au lieu de choisir des femmes qui peuvent les pousser à être meilleurs, ils choisissent celles qui les font se sentir meilleurs même dans leur pire bêtise.

Comment les femmes pourront-elles jamais s’épanouir quand elles savent que tôt ou tard, elles auront à faire un choix difficile : devenir épouse et mère, ou avoir des ambitions professionnelles, sociales et politiques importantes ?

Certaines y arrivent. Mais elles sont encore trop rares. Et elles ont eu la chance de rencontrer de vrais hommes : ceux qui laissent les femmes s’accomplir, tout simplement parce qu’ils ont leur propre confiance en eux, et qu’ils n’ont pas besoin de dominer les femmes pour se sentir plus viriles. Parce qu’ils ont des ressources intérieures suffisantes pour transformer les relations de domination en relation de complémentarité. Et parce qu’ils ont compris que pour achever leur ultime accomplissement, ils ont besoin des femmes, tout autant que les femmes ont besoin d’eux.

Je voudrais encourager les femmes à ne jamais abandonner leurs rêves à cause de ce genre d’hommes. Et je voudrais demander aux hommes de surmonter leurs peurs et de savoir relever le défi d’avoir une femme brillante à leurs côtés, car c’est certainement le meilleur moyen pour eux de montrer de quoi ils sont vraiment capables.

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10 septembre 2010 5 10 /09 /septembre /2010 18:31

Il y a quelques semaines, j’ai retrouvé un vieux journal intime qui date de mes seize ans. Pêché parmi de vieux cahiers de cours que ma mère voulait brûler, elle l’a récupéré in extremis et me l’a rendu. Sur le coup, j’ai eu vaguement honte. Maman l’a-t-elle lu ? Puis je me suis plongé dans la lecture. Et ce fut la honte assurée ! Comment ai-je pu écrire de telles inepties ? Puis je me suis rappelé que j’avais seize ans à l’époque. Seize ans ! On pourrait dire que j’avais le monde à mes pieds, puisque j’avais la vie devant moi. Mais l’image que mes écrits m’ont donnée m’a ouvert les yeux sur certaines choses. A seize ans, ma vision du monde était tellement étriquée. Qu’est-ce qui comptait pour moi à cette époque ? Moi, moi et encore moi. Un égocentrisme aigu, mais aussi un mal-être caractéristique de l’adolescence. Et un questionnement intense, qu’est-ce que j’allais devenir ?

J’avais peur de l’avenir. Je luttais pour devenir grande, alors que mon entourage ne voyait que l’enfant en moi.  Et j’avais beaucoup de rêves. J’en avais tellement qu’au cours des quinze ans et des poussières (d’étoiles !!) qui ont suivi, je les avais oubliés. J’avais oublié que je rêvais de devenir une jeune femme bien dans ma peau, avec un emploi que j’aime, de fonder une famille, d’aller faire le tour du monde, ou encore aller dans l’espace intersidéral. J’étais tellement prise par la gestion du quotidien que je n’avais pas réalisé qu’une partie de mes rêves de l’époque s’était déjà concrétisée. Je me suis mariée, j’ai eu des enfants, je fais quelque chose que j’aime.

Mais l’humain est ainsi fait. Il ne peut vivre que dans une perspective de nouveaux  rêves, de nouveaux projets. Et parfois, on oublie que nos vieux rêves sont en train de se réaliser, et on n’en profite même pas, parce qu’on est trop pris par nos nouveaux projets. Je pense qu’il est essentiel d’avoir toujours de nouvelles perspectives, d’être tourné vers l’avenir, et de toujours aller de l’avant. Mais parfois, il est aussi nécessaire de faire une petite pause. De voir et d’apprécier le chemin parcouru. Avec beaucoup d’émotions, j’ai réalisé que j’ai beaucoup grandi depuis ce vieux journal intime de mes seize ans. Mais je ne dois pas oublier non plus que cette adolescente fait toujours partie de moi, et que c’est elle qui a fait ce que je suis. Dans vingt ans, si Dieu le permet, je lirais cet article avec un autre regard. J’aurais peut-être de nouveau honte. Mais je suis sûre que je serais heureuse parce que je sais que j’aurais accompli d’autres projets, d’autres rêves. Et que j’aurais pris le temps d’apprécier chaque seconde de mes rêves qui se réalisent.

Apprécions chaque moment qui nous est offert. Parce qu'il est unique.

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